La question de la semaine (#41)

41 Quelle est la différence entre l’aïkido et les autres arts martiaux ?

En français, le terme « art martiaux » peut désigner des pratiques très différentes. Il est tout d’abord important de comprendre ces nuances.

Au sens littéral du terme, devraient être désignées ainsi les disciplines concernées par la guerre et l’efficacité au combat réel. C’est ici l’aspect martial qui prédomine, au détriment peut-être de l’idée d’un art. Seule compte l’efficacité pure, qui décidera de la survie ou de la mort.

Par extension, sont ensuite désignées ainsi toutes les pratiques inspirées de l’art de la guerre, mais dont le sens a évolué, pour devenir, par exemple, disciplines de loisir. Il en est ainsi de l’escrime ou du judo, que l’on pratique aujourd’hui en tant que sports. L’enjeu de ces disciplines n’est plus guerrier, quoique la question de la victoire s’y pose encore d’une certaine façon.

On a par ailleurs coutume en Europe de réserver le terme d’« arts martiaux » aux pratiques venues d’Asie et, notamment, du Japon. C’est parce que l’on met souvent l’accent sur ce dernier sens qu’on l’on peut être surpris d’entendre parler de la boxe anglaise ou de la lutte gréco-romaine comme d’arts martiaux. Ainsi compris, l’art martial ne se limite plus à une simple pratique guerrière, ni même physique, mais intègre une dimension spirituelle : l’objet de la pratique martiale est le perfectionnement personnel du pratiquant. Cette façon de penser l’art martial correspond de fait parfaitement à l’esprit du budo japonais.

Quelles sont alors les spécificités de l’aïkido en tant que pratique martiale ? Dernier né des grands arts martiaux japonais, l’aïkido intègre plusieurs composantes de l’art de la guerre (combat à mains nues ou utilisant différentes armes). Il se distingue en cela des disciplines qui mettent l’accent sur un seul élément de la pratique (kendo ou kenjutsu, arts du sabre ; kyudo, voie de l’arc ; karate-do : voie de la main vide ; etc.). Par ailleurs, en refusant toute idée d’opposition ou de compétition, en rendant secondaire la question de l’efficacité, il fait porter l’accent sur la dimension personnelle de la recherche, plutôt que sur celle, négative, de la défaite d’autrui. En cela, l’aïkido tel qu’O Sensei l’a fondé se veut fidèle à l’esprit initial du budo, tout en se définissant comme art de la paix : la voie d’une édification personnelle, dont les techniques guerrières ne sont qu’un premier pas.

Cette question vous a intéressé ? Achetez le livre !