La question de la semaine (#45)

45 À quoi ça sert, l’aïkido ?

Dans l’imaginaire populaire, l’utilité de pratiquer un art martial peut tout d’abord sembler assez simple : apprendre à se défendre, et devenir un redoutable combattant. Il est d’ailleurs vrai que l’aïkido, comme la plupart des arts martiaux japonais, dérive des techniques guerrières des bushis et samouraïs du japon ancien.

Il est cependant tout aussi clair que les occasions de livrer un duel au katana, ou de devoir sauver sa vie sur un champ de bataille médiéval sont devenues assez rares, et que l’apparition des armes modernes (armes à feu, outils d’auto-défense électriques ou à gaz) ou d’une législation attentive à la question de la légitimité de la défense ont redéfini les termes de la question de la self-défense.

Il faut d’ailleurs souligner que l’aïkido a pour principe fondamental l’absence d’opposition et l’ambition d’annihiler le conflit lui-même, et semble avoir pris beaucoup de distance avec la question de la stricte efficacité martiale – ce que ne manquent pas de souligner certains adeptes de disciplines à la réputation plus « dure ».

Est-ce à dire que les arts martiaux « traditionnels » ont perdu toute utilité ? Historiquement, le passage des bujutsus (techniques martiales) aux budos (voies martiales), réalisé au tournant des 19ème et 20ème siècle, constitue une évolution des arts martiaux vers un sens plus raffiné, plus profond que celui de la seule technique de combat à visée utilitaire, pour mettre l’accent sur une authentique méthode d’éducation, de développement personnel.

Concernant l’aïkido, on considère souvent qu’il a pour objectif ki iku, toku iku, taï iku, c’est à dire le perfectionnement de la vitalité (ou essence, ou énergie : ki), de la vertu (c’est à dire des qualités morales et de la sagesse : toku), et du corps (taï). Les techniques d’origine martiale, loin de constituer la finalité de cette voie, en constituent les outils privilégiés.

S’il n’est pas rare d’aller jusqu’à décrire cette voie comme une voie ascétique, la question de l’utilité de la pratique de l’aïkido trouve aussi un sens bien plus prosaïque, dans lequel les notions de plaisir et d’intérêt doivent primer : malgré les difficultés, la fatigue, les moments de frustrations et les éventuels petits bobos, gardez-vous l’envie et la motivation d’aller vous entraîner, soir après soir ? Cela devrait être une indication bien suffisante que la pratique de l’aïkido n’est pas totalement vaine.

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