La question de la semaine (#48)

48 Qu’est-ce que ma-aï ?

Ma-aï est une notion souvent évoquée au cours de l’entraînement, pour décrire la distance entre deux partenaires à un moment donné de la réalisation technique. La notion est cependant beaucoup plus riche qu’une simple idée de distance, ou même de distance correcte.

Il y a en effet deux éléments indissociables dans ma-aï : ma (la distance) et – ce dernier étant le même que celui que l’on retrouve dans le mot aïkido lui-même, et que l’on traduit d’ordinaire par l’idée d’union, de convergence, de concordance, d’harmonie. L’étymologie du kanji ancre par ailleurs ma-aï dans l’idée d’un intervalle, d’un interstice, qu’il faut parvenir à percevoir et dans lequel s’insinuer, d’un vide à remplir. Il y a donc clairement dans la notion de ma-aï une idée non seulement spatiale, mais également temporelle ; l’idée d’une opportunité et de la capacité à la saisir – cette capacité n’étant bien évidemment pas la même d’un individu à l’autre.

De la même façon, la notion de ma-aï possède également un versant psychologique, le ma-aï dépendant de l’état d’esprit dans lequel se trouve le pratiquant (la peur tend par exemple à « rétrécir l’espace », fermer les opportunités). On atteint là une dimension de l’aïkido qui relève de ce que la pensée japonaise décrit comme « le mouvement des cœurs dans l’espace » : l’élément physique de la pratique (les mouvements réalisés) n’est pas séparable d’un élément psychique (« les mouvements du cœur » : la peur, la colère, la confiance…) : celui qui réalise les mouvements est un individu, qui possède à chaque moment un état d’esprit déterminé, qui contribue à définir ces mouvements.

La notion de ma-aï renvoie ainsi finalement à l’intégralité de la relation qui unit deux partenaires : non seulement leurs positions respectives dans l’espace, mais aussi la dimension « affective » de leur relation, qui vont toutes deux contribuer à définir les opportunités temporairement ouvertes qu’ils devront être capables de saisir.

Il faut enfin souligner que la notion de ma-aï n’est pas une notion propre à l’aïkido, mais qu’elle appartient en propre à la pensée japonaise et peut ainsi être retrouvée dans les autres arts martiaux, mais aussi dans des voies d’une toute autre nature (calligraphie, arrangement floral, danse, musique, aménagement intérieur…) – ce qui ne saurait manquer d’enrichir encore le sens qu’elle prend dans le contexte de l’aïkido.

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