La question de la semaine (#68)

68 Est-ce que ça fait mal, l’aïkido ?

Seulement si vous en avez envie !

En tant que budo, l’aïkido découle directement des arts traditionnels du combat, où le seul objectif était la victoire contre l’adversaire, et l’enjeu la vie ou la mort ; en tant que budo, il s’est également élevé au-dessus de cette seule finalité utilitaire et constitué en voie de développement personnel. Par ailleurs, n’oublions pas qu’O sensei voyait dans l’aïkido tel qu’il l’a fondé un art de paix. Autant dire, alors, que le dernier mot de l’aïkido est loin d’être la défaite de l’adversaire.

Dans la logique de l’aïkido, on préférera d’ailleurs le terme de partenaire à celui d’adversaire. C’est en effet à travers la relation à l’autre, aïte, que l’on cherche à réaliser ki iku, toku iku et taï iku (le développement de l’essence, de la vertu et du corps, qui constituent la véritable finalité de la pratique). Si l’aïkido comporte alors un certain nombre de frappes ou de techniques présentant des contraintes articulaires, leur finalité ne réside pas dans la volonté de blesser le partenaire, bien au contraire. Au cours de vos entraînements, vous remarquerez peut-être d’ailleurs que la douleur est le signe d’un mouvement imparfait, et ce de deux façons tout au moins.

Premièrement, au sens où uke n’aura pas su se préserver lui-même, par exemple en refusant la chute ou en chutant dans une direction qui n’était pas celle du mouvement de tori ; ou parce qu’il n’était pas assez relâché, laissant ainsi une articulation subir une contrainte importante et inutile. N’oublions pas qu’uke lui aussi pratique l’aïkido, et doit rechercher l’union des énergies…

Deuxièmement, au sens où tori se contenterait de travailler « en force », c’est à dire sans se préoccuper de la justesse ou de la précision du mouvement, sans chercher le juste ma-aï, sans s’adapter à son partenaire… L’expérience du travail avec des pratiquants réellement avancés est en cela souvent révélatrice, et permet de distinguer nettement la véritable puissance (née de la maîtrise technique et du développement du kokyu) de la seule force physique exercée avec brutalité, qui ne constitue pas la recherche de l’aïkido.

Il reste que l’aïkido est une voie martiale, qui peut se prêter, au choix des pratiquants, à des approches plus ou moins dynamiques, puissantes ou engagées, et peut ne pas aller sans son lot de bobos, douleurs, blessures – dont il faut toujours accepter la possibilité, l’idéal étant certainement d’être toujours capable de travailler « sur le fil du sabre » : ni dans un confort vide de tout engagement, ni dans une zone de danger – cet optimum étant redéfini avec chaque partenaire et selon les capacités du moment.

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