La question de la semaine (#69)

69 Pourquoi me conseille-t-on toujours de ne pas parler ?

L’entraînement en l’aïkido se déroule souvent dans une atmosphère plus silencieuse que celle d’autres activités physiques, y compris martiales, comme par exemple le judo ou le karaté. Pourquoi cela ?

Une première raison tient au fait que l’aïkido ne constitue ni une discipline sportive, nécessitant un coaching très expansif, ni une simple recherche d’efficacité meurtrière indifférente à la question du volume sonore. Comme le iaïdo (voie du sabre) ou le kyudo (voie de l’arc), l’aïkido se situe dans l’horizon du budo comme voie de développement personnel, historiquement très liée au zen, à l’idée d’ascèse et au soucis de l’étiquette, qui ne peuvent que commander une certaine sobriété.

Réduire les explications et échanges verbaux au minimum permet également de mettre l’accent sur les sensations corporelles. C’est là l’idée de se méfier d’une approche trop intellectuelle de l’aïkido, qui serait loin d’en épuiser la richesse véritable. Ceci vaut aussi bien pour soi-même que pour ses partenaires, que l’on risque fort de déconcentrer en bavardant.

Ne pas parler permet également de cultiver un esprit de recherche, c’est à dire d’essais et d’erreurs personnels. L’explication donnée risque en effet toujours d’éloigner les pratiquants de l’indispensable esprit du débutant (shoshin) : celui qui explique se place dans la posture de celui qui sait déjà, et ne cherche donc plus ; celui qui se fait expliquer se place dans la posture de celui-ci qui ne peut pas trouver par lui-même, et ne cherche pas encore.

Il y a par ailleurs toujours lieu de se méfier des explications que l’on s’apporterait entre pratiquants, a fortiori entre débutants. Ainsi a-t-on en aïkido coutume de considérer que celui qui explique transmet surtout à son interlocuteur ses propres erreurs et les limitations de sa compréhension.

Ainsi, selon l’étiquette la plus courante, seul l’enseignant en charge de l’entraînement et ceux qu’il pourrait avoir désignés peuvent-ils être chargés d’expliquer. Il serait donc tout à fait déplacé pour un pratiquant, y compris plus avancé, de réaliser un « cours privé » sur le tatami, aussi intéressant ou juste puisse-t-il être – de sorte qu’il ne le serait pas moins de solliciter un tel enseignement privé.

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