La question de la semaine (#72)

72 Pourquoi les techniques fonctionnent-elles avec certains et pas avec d’autres ?

Le dojo représente un espace d’étude, et non un lieu de confrontation véritable avec des adversaires contre lesquels tous les coups seraient permis et où seul le résultat importerait. C’est d’ailleurs tout le sens de la notion de « partenaire », celui avec (et non contre) lequel on étudie. Ainsi les attaques exécutées en aïkido constituent-elles en premier lieu des occasions de s’exercer, dont le but premier n’est pas d’occire son vis à vis.

La situation de travail la plus fréquente en aïkido consiste alors à réaliser une technique donnée en réponse à une attaque unique et définie. De façon à faciliter l’étude, on travaillera d’ailleurs souvent à vitesse modérée. Ce contexte très arrêté, qui ne laisse de place ni à l’inattendu ni à un risque de blessure réelle, rend bien évidemment facile pour l’un ou à l’autre des protagonistes de biaiser la situation et de bloquer les mouvements de l’autre.

Cette possibilité, utilisée de façon subtile, par exemple par un pratiquant ancien ou par l’enseignant, peut constituer une façon silencieuse de guider le partenaire dans une exécution plus précise du mouvement ; utilisée de façon inopportune, elle représente une impasse qui interdit toute étude réelle du mouvement, et ce tant pour tori que pour uke.

Certainement est-ce la raison pour laquelle un affichage célèbre du dojo d’Iwama interdisait expressément d’utiliser la force musculaire pour empêcher tori de réaliser la technique – ce qui n’aurait pas manqué de réactiver la logique d’opposition que l’aïkido cherche justement à dépasser.

Pour autant, le partenaire doit se garder de toute complaisance, et ne pas réaliser les mouvements à la place de tori. Vivant et pratiquant l’aïkido lui aussi, uke se doit d’être sincère, et de mobiliser les mêmes principes fondamentaux : shisei, ma-ai, irimi, kokyu

Une importante différence de niveau peut alors se traduire par une sensation de densité inamovible, qui rende difficile l’exécution de la technique. Cette solidité réelle, qui n’est pas liée à une simple crispation du corps ou à la volonté vaine de mettre l’autre en échec, constitue un niveau de travail supérieur, qui demande d’être patiemment construit et sera certainement le mieux atteint par un patient travail de disponibilité, de relâchement, de mobilité et de placement – aux antipodes d’un simple antagonisme brutal, qui ne le mimerait que grossièrement.

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