La question de la semaine (#75)

75 À quoi sert uke ?

Il existe de nombreux termes pour désigner les deux partenaires pratiquant ensemble en aïkido, plus ou moins utilisés selon les pays ou les époques (uke, tori, shite, nage, aïte…). Dans cette langue de l’aïkido, uke est celui qui réalise l’attaque, « subit » la technique et réalise la chute.

À ce titre, on pourrait dire qu’il ne saurait y avoir d’aïkido sans lui, au simple sens où il n’y aurait pas d’attaque. Mais les choses vont plus loin, car uke doit à son tour devenir aïte (« la main en face »), et sortir de la passivité de la réception pour devenir réellement partenaire.

Le premier travail d’uke consiste ainsi à être juste dans ses attaques : ni complaisant, ni exagérément bloquant (par exemple avec un partenaire moins ancien…). Il ne faut pas oublier que l’aïkido est un contexte d’étude, qui s’exprime généralement dans un cadre convenu, à vitesse modérée, où chacun connaît l’attaque qui va être réalisée et la réponse qui va être apportée, lesquelles seront souvent répétées un nombre important de fois. Il est alors très facile de fausser l’étude en anticipant, modifiant, durcissant… sans que cela n’ajoute d’intérêt réel au travail.

Si la notion de sincérité de l’attaque est fondamentale, celle de vigilance ne l’est pas moins : uke ne doit pas attaquer d’une façon qui le mette en danger. Il doit ainsi par exemple rester disponible et, notamment, capable de chuter dans le temps de la réponse de tori. Pour ce faire, il devra veiller à ce que soient présents dans son attaque les mêmes principes que ceux qui guident le travail de tori : vigilance, souci du shisei, du ma-ai, de la disponibilité des appuis… C’est ainsi qu’il pourra sortir de l’idée de « subir » la technique et chercher à la recevoir selon les mêmes principes qu’il mobilise en tant que tori. Uke est donc lui aussi toujours dans l’étude de l’aïkido, et son travail est fondamentalement le même que lorsqu’il est tori.

Lorsque ceci est acquis, uke devient réellement aïte, il vit et pratique pour lui-même, devenant réellement l’un des membres de la relation qui l’unit à son partenaire. Il peut alors s’ouvrir, entre les deux partenaires, un espace de dialogue particulièrement intéressant, qui autorise une pratique beaucoup plus libre, réellement centrée sur les sensations et la réalisation de mouvements non pas stéréotypés (« je mets le pieds ici, j’avance la main ainsi », comme une « recette »…), mais soucieux de la rencontre avec le partenaire.

En d’autres termes : uke ne sert à rien. Il n’existe que pour lui-même. C’est pour cela qu’il est rigoureusement indispensable – parce qu’il est la main en face sans laquelle il ne peut exister de relation.

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