La question de la semaine (#76)

76 Comment faire jyu waza ?

Jyu waza signifie « travail libre » en japonais. Il s’agit d’une forme de travail dans laquelle tori, au lieu de réaliser une technique déterminée, répond librement à l’attaque d’aïte. Cette pratique, qui est parfois délaissée à tort, ou reléguée à quelques minutes en fin de cours, correspond pourtant tout à fait à l’esprit de l’aïkido et aux formes de travail mises en place par le fondateur de l’aïkido. Elle a donc une place à part entière à côté de l’étude des formes plus codifiées de travail, indispensables à l’apprentissage.

L’intérêt principal de jyu waza est de permettre au pratiquant de s’adapter à l’attaque, en saisissant les opportunités réellement offertes. Pourquoi, par exemple, chercher à réaliser kote gaeshi lorsque la position du partenaire se prête plus naturellement à irimi nage ? Pourquoi « forcer » une forme omote quand une forme ura s’impose naturellement ? Jyu waza permet aux mouvements d’aïkido de devenir plus naturels, spontanés, moins heurtés, tout en permettant au pratiquant d’aiguiser ses sensations et sa perception du ma-aï. Jyu waza concerne d’ailleurs à ce titre tout autant tori qu’uke, qui doit se rendre disponible à la technique réalisée, notamment pour réaliser les chutes.

Il est certain qu’un tel travail est difficile à réaliser pour un débutant. Il est pourtant possible et peut être envisagé avec profit dès que deux techniques sont connues. La difficulté de cet exercice n’est de toute façon pas moins réelle pour des pratiquants plus avancés, qui doivent réaliser le même travail de libération mentale. Ce n’est en effet pas seulement parce que le pratiquant peut choisir la technique qu’il réalise que ce travail est libre. C’est aussi parce que le pratiquant doit lui-même se libérer de son esprit analytique, pour atteindre l’expression juste du geste ; se libérer de la tentation toujours forte de réciter un répertoire technique, pour devenir capable de s’adapter réellement à l’attaque du partenaire ; se libérer des tensions corporelles, pour atteindre une disponibilité, un relâchement, une souplesse authentiques.

Jyu waza est un exercice riche, qui ancre la pratique dans l’ici et maintenant. Il permet de sortir de l’illusion de la technique infaillible, de la recette, du « truc qui marche » pour chercher à atteindre une justesse plus profonde, liée à l’adaptation au partenaire, c’est à dire, finalement : à l’union des énergies.

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