La question de la semaine (#79)

79 Est-ce que ça ne fait pas beaucoup de choses à penser ?

Quand on débute l’aïkido, comme toute nouvelle activité, on peut avoir tendance à l’aborder avec un esprit très analytique. L’aïkido peut alors sembler une montagne infranchissable tant il y a à penser : se tenir droit, avancer le pied et la main en même temps, les mains devant le ventre mais pas trop près, le regard sur le partenaire, les hanches tournées, enlever le pied en tournant les hanches, être à la bonne distance du partenaire, ouvrir les doigts, relâcher l’épaule…

Au premier abord, il est vrai qu’on peut se perdre dans cette multitude de détails. Il est donc important, surtout lorsque l’on débute, de se « laisser aller » : regarder la réalisation de la technique, s’imprégner du mouvement, non pas en analysant chaque détail mais en essayant d’en percevoir la globalité ; puis se faire confiance, oser essayer et laisser travailler le corps pour reproduire la forme proposée.

Ce lâcher prise est difficile au départ (et parfois même après…), car l’on est bien souvent confronté à une forme de stress : vouloir refaire « correctement » la technique, en ayant peur d’échouer, de se faire mal, du regard des autres… Autant de sources de tensions, qui inhibent le mouvement. Il ne faut cependant pas oublier que l’aïkido est avant tout un travail du corps, que l’on cherche à discipliner, modeler, relâcher, dont on cherche sans cesse à affiner les sensations. C’est bien en relâchant l’esprit, que l’on arrivera à relâcher le corps et à entrer dans le mouvement. À ce titre, il n’y aurait certainement pas de pire stratégie que de ne pas faire ou de ne jamais conduire le mouvement jusqu’à son terme parce qu’il ne serait pas parfait.

Une fois que le corps aura intégré la forme générale du mouvement, il sera plus aisé de se concentrer sur les détails pour se perfectionner techniquement. C’est alors qu’il sera opportun de se rendre attentif aux fondations de l’aïkido (kamae, ma-ai, irimi…), pour étudier la façon dont elles structurent les différents mouvements et peaufiner, jour après jour, sa technique.

N’ayez donc crainte qu’il n’y ait trop de choses à penser : l’apprentissage de l’aïkido doit d’abord passer par le corps, qui intègre des sensations et devient capable de les retrouver, sans que vous n’ayez à y songer. C’est ainsi que vous avez appris à écrire ou à faire du vélo. C’est ainsi, aussi, que vous apprendrez l’aïkido. Peut-être suffit-il donc d’accepter de ne pas pouvoir tout apprendre immédiatement et d’essayer de prendre du plaisir à pratiquer à son niveau.

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