La question de la semaine (#86)

86 Au bout de combien de temps commencerai-je à me débrouiller ?

En aïkido, il est assez fréquent que les débutants ressentent l’impression d’être perdus. De façon parfois désarmante, des mouvements qui ont l’air simples et naturels vus de l’extérieur se révèlent d’une complexité insurmontable lorsqu’il s’agit de les reproduire ; la construction même d’un enchaînement devient étrangement embrouillée (était-ce le pied gauche ou la main droite… ? dans quel sens a-t-il tourné… ? comment tient-il son jo…?) ; et les noms des techniques semblent impossibles à retenir… Cette situation peut pour certains pratiquants être source d’une certaine frustration, voire d’un authentique découragement.

Il est pourtant naturel que les premiers pas dans une discipline nouvelle n’aillent pas sans une certaine difficulté, qu’il vaut mieux accepter – surtout s’agissant d’une discipline aussi subtile que l’aïkido.

D’ailleurs, si ces difficultés peuvent avoir l’air d’obstacles à surmonter avant de pouvoir « réellement » pratiquer l’aïkido, il ne faut pas oublier qu’elles font déjà elles-mêmes partie de la voie. Elles correspondent en effet au début de l’acquisition de perceptions et de schémas corporels faisant partie intégrante de la pratique, à l’apprentissage des bases et fondations de l’aïkido – que l’on ne cessera plus jamais d’approfondir.

Il est alors très difficile de prévoir le temps que mettra chacun à dépasser cette impression initiale d’égarement. Cela dépend en effet tout aussi bien de la fréquence de ses entraînements et de son vécu martial ou sportif préalable que de la pédagogie de l’enseignant ou la composition du groupe des pratiquants avec lesquels on s’entraîne, qui peuvent faire varier ce premier stade de quelques séances à plusieurs mois.

Quoiqu’il en soit, l’étude de l’aïkido ne s’arrête jamais et il ne saurait de toute façon s’agir, y compris pour des pratiquants plus avancés, de se reposer sur des acquis, en ne cherchant jamais à les approfondir – ce qui signifie que cette impression d’être perdu ne sera finalement dépassée qu’au profit de nouvelles questions ; qui elles-mêmes, à leur tour, ne trouveront de réponse que pour laisser la place à de nouveaux doutes ; qui à leur tour…

La question est donc finalement moins celle de « se débrouiller » que de s’assurer que l’on continue à s’entraîner, à prendre du plaisir tout en cherchant à progresser.

Cette question vous a intéressé ? Achetez le livre !